La rédaction du Lundi CAMES a le plaisir de vous faire découvrir dans cette édition, l’Université de Kara à travers un entretien exclusif avec sa Présidente, la Professeure Prénam HOUZOU-MOUZOU.

Nous vous en souhaitons une bonne lecture.

Pr Prénam HOUZOU-MOUZOU.
Professeur Titulaire du CAMES en Rhumatologie.
Présidente de l’Université de Kara (Togo).
Merci de vous présenter à nos lecteurs
Je suis Prénam HOUZOU-MOUZOU, Professeure Titulaire du CAMES en Rhumatologie, Cheffe du service de Rhumatologie, Médecin Lieutenant-colonel des Forces Armées togolaises puis Présidente de l’Université de Kara depuis le 18 septembre 2025. Mon itinéraire est celui d’une trajectoire d’exigence, de persévérance et de service.
Ancienne interne des hôpitaux du Togo, je me suis spécialisée en Rhumatologie à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan (Côte d’Ivoire). Débutée en 2012 comme Assistante chef de clinique à l’Université de Kara, ma carrière universitaire a été marquée par la Maîtrise d’assistanat en 2015, puis le Concours d’Agrégation du CAMES en 2018 où je suis sortie major de promotion, devenant la première et, à ce jour, l’unique femme des Forces Armées togolaises Agrégée du CAMES. En 2022, j’ai accédé au grade de Professeur Titulaire à l’issue de la 45ème session des Comités Consultatifs Interafricains du CAMES. Depuis 2012, je sers également les populations au Centre Hospitalier Universitaire de Kara, comme Cheffe du service de Rhumatologie, en rapprochant les soins spécialisés des régions septentrionales du Togo.
Avant ma nomination à la présidence de l’Université, j’ai été élue Vice-doyenne puis Doyenne de la Faculté des Sciences de la Santé. À la tête de l’Université de Kara, je porte une conviction forte : faire du savoir, de la Recherche, de l’Innovation et de la rigueur, des leviers de transformation sociale, au service d’une Université plus performante, plus inclusive et plus influente.
Pouvez-vous nous présenter votre Université et ses filières ?
L’Université de Kara est le deuxième établissement public d’Enseignement supérieur du Togo. Créée par décret présidentiel n°99/011/PR du 19 janvier 1999 et officiellement ouverte le 23 janvier 2004 avec 1 537 étudiants, elle accueille aujourd’hui près de 20 000 étudiants et s’affirme comme un véritable pôle universitaire au niveau national. Elle est implantée sur deux sites complémentaires : le campus Sud, situé à Kara dans les locaux de l’ex École nationale des instructeurs, et le campus Nord de Pya, où se construisent des infrastructures académiques, pédagogiques et administratives modernes.
L’Université de Kara dispose de cinq Facultés, deux Instituts, un Centre d’excellence et deux Écoles Doctorales : la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion, la Faculté de Droit et des Sciences Politiques, la Faculté des Sciences et Techniques, la Faculté des Sciences de la Santé, l’Institut Supérieur des Métiers de l’Agriculture, l’Institut de Formation en Sciences Pédagogiques et Administration Universitaire, le Centre d’Excellence en Protection Durable des Cultures, ainsi que deux Écoles Doctorales.
Depuis l’année académique 2008-2009, l’Université s’est pleinement inscrite dans le système Licence-Master-Doctorat. Elle propose aujourd’hui une offre diversifiée et professionnalisante : 51 filières fondamentales de niveaux Licence et Master, 28 Licences professionnelles, 22 Masters professionnels, un Doctorat nouveau régime, un Doctorat d’exercice de la Médecine, six certificats, trois diplômes d’études spécialisées en Médecine et neuf Formations Ouvertes et à Distance (FOAD).
Ces filières couvrent des domaines stratégiques tels que les Sciences humaines, la Gestion, le Droit, les Sciences et technologies, la Santé, l’Agriculture, la Pédagogie, l’Administration universitaire, la Cybersécurité, le Développement web et mobile, la Maintenance industrielle, la Sanitaire des aliments, le Développement local, la Planification, le Suivi-évaluation, la Communication, l’Agrobusiness, l’Environnement, l’Eau et l’Assainissement, la Nutrition et Sécurité alimentaire, ainsi que les Spécialités médicales. Cette diversité traduit une ambition claire : former des compétences immédiatement utiles au développement du Togo et capables de répondre aux exigences du monde contemporain.
Quelles sont les Innovations et particularités de votre Université ?
La première particularité de l’Université de Kara est son ancrage territorial : elle rapproche l’Enseignement supérieur, la Recherche, l’expertise et les services des communautés de l’intérieur du pays. Cette vocation est particulièrement visible à travers la Faculté des Sciences de la Santé, créée comme une réponse stratégique à l’inégale répartition des ressources humaines en santé et à l’accès limité aux soins spécialisés dans les régions septentrionales. Les domaines agricoles, les Sciences, la planification-suivi-évaluation de projets, et les statistiques appliquées sont aussi des particularités de notre Université.
L’Université se distingue aussi par la montée en puissance de la Recherche : elle compte des laboratoires et équipes de Recherche accrédités, des Enseignants-chercheurs qualifiés et des revues scientifiques qui contribuent à la diffusion des résultats. Elle est également engagée dans la professionnalisation des formations, la Formation Ouverte et à Distance, la digitalisation progressive des services et la Recherche-action-développement. Sa responsabilité sociale se traduit par le Programme Campus Citoyen, les Groupements de crédit communautaire, les campagnes foraines de santé humaine et animale, les actions de formation civique, les émissions de sensibilisation et autres services à la société grâce à l’expertise de ses Enseignants-chercheurs.
À travers le campus Nord de Pya, avec de nouveaux blocs dédiés notamment à la Faculté des Sciences de la Santé, à l’Institut Supérieur des Métiers de l’Agriculture, à l’École nationale polytechnique-campus de Kara et à la Présidence, l’Université entre dans une nouvelle phase de transformation. Sa marque distinctive est donc claire : former, chercher, innover et servir, avec un impact direct sur le territoire et sur les priorités nationales.
Quels sont les grands défis auxquels vous faites face ?
Nos défis sont nombreux, mais ils constituent aussi des leviers de transformation. Le premier est celui de la capacité d’accueil et de la qualité des infrastructures, dans un contexte marqué par la croissance des effectifs et par l’exigence d’un cadre d’apprentissage moderne, équipé et adapté.
Le deuxième défi concerne l’encadrement pédagogique et scientifique : il nous faut renforcer les ressources humaines, améliorer le taux d’encadrement, consolider l’Assurance Qualité et maintenir l’exigence académique dans toutes les composantes.
Le troisième défi est l’adéquation formation-emploi, qui impose d’aligner davantage les offres de formation sur les besoins du marché, les métiers prioritaires et les attentes des étudiants.
Nous devons également renforcer la Recherche innovante et responsable, structurer davantage les unités de Recherche, mobiliser des ressources pour les projets scientifiques et arrimer les thématiques de Recherche aux priorités nationales et aux enjeux mondiaux. À cela s’ajoutent le renforcement de l’internationalisation de la formation, la digitalisation de la gouvernance universitaire, l’amélioration de la connectivité Internet, l’attractivité internationale, la mobilisation des partenariats, la communication institutionnelle et le financement durable des projets. Enfin, nous devons préserver la cohésion, le dialogue, l’éthique, la discipline et l’intelligence collective, car aucune transformation durable ne peut se construire sans une communauté universitaire mobilisée autour d’une vision partagée.
Si vous deviez faire un bilan de l’année 2025, quelles sont les grandes réalisations ?
Ce fut une année de consolidation, de diagnostic et de projection stratégique. Elle a permis d’évaluer la mise en œuvre du précédent Plan Stratégique, d’identifier les acquis, les insuffisances et les priorités à renforcer. Cette démarche a conduit à l’élaboration du Plan Stratégique quinquennal de développement 2026-2030, adopté comme une véritable boussole institutionnelle pour la marche vers 2030. Parmi les réalisations majeures, je retiens le renforcement de la gouvernance axée sur les résultats, la relance de la planification stratégique, l’approfondissement de la réflexion sur l’adéquation formation-emploi, la poursuite de la professionnalisation des offres de formation, la valorisation de la Recherche-action et l’attention portée au cadre de vie universitaire.
L’année 2025 a également été marquée par la poursuite des grands projets d’infrastructures du campus Nord, la consolidation de l’ancrage territorial de l’Université, la structuration des actions de partenariat et la volonté de renforcer la communication, la mobilisation des ressources et le suivi-évaluation. Au-delà des réalisations matérielles, 2025 aura surtout été l’année d’une nouvelle impulsion institutionnelle, fondée sur la concertation, l’intelligence collective, la culture de qualité et l’ambition de faire de l’Université de Kara, une référence nationale et internationale.
En termes de perspectives, quels sont les projets et grandes activités en programmation ?
Nos perspectives sont clairement définies par le Plan Stratégique quinquennal 2026-2030, dont l’objectif général est de faire de l’Université de Kara, une Université de référence internationale, engagée dans une Recherche innovante à fort impact sociétal.
Quatre grandes orientations structurent notre action. La première consiste à adapter les offres de formation aux besoins du marché de l’emploi, à poursuivre la diversification des filières professionnelles, à renforcer l’orientation des étudiants et à rendre effectif, le dispositif d’employabilité et d’insertion professionnelle des diplômés. L’École nationale polytechnique-campus de Kara qui ouvre ses portes dès la rentrée 2026-2027 rentre pleinement dans cette orientation. La deuxième orientation vise à promouvoir une Recherche innovante, responsable et durable, en dotant l’Université d’une politique de Recherche, en valorisant la Recherche-action-développement, en consolidant les laboratoires de Recherche, le jardin botanique et la ferme agropastorale. La troisième orientation porte sur la dynamisation de l’environnement partenarial, à travers la consolidation des conventions existantes, l’ouverture à de nouveaux partenaires, l’internationalisation et la mobilisation des ressources. La quatrième orientation concerne l’amélioration de la gouvernance et du cadre de vie universitaire : digitalisation des services, modernisation de l’administration, efficacité de la communication, amélioration des statistiques, dialogue interne, restauration, mobilité, équipements, infrastructures et voiries. Toutes ces actions visent à bâtir une Université plus attractive, plus performante, plus utile à la société et mieux connectée aux priorités nationales, africaines et internationales.
Un dernier mot pour les lecteurs ?
Je voudrais dire aux lecteurs que l’Université de Kara avance avec confiance vers 2030, portée par l’excellence, l’Innovation, la responsabilité sociale et l’impact sur les communautés. Aux étudiantes et étudiants, j’adresse un appel au travail, à la discipline, à l’éthique et à la citoyenneté responsable. Aux Enseignants-chercheurs, personnels et partenaires, j’adresse une invitation à poursuivre, ensemble, la construction d’une Université plus performante, plus inclusive et plus ouverte sur le monde. À tous les abonnés et lecteurs du Lundi CAMES, je réaffirme notre attachement à l’Assurance Qualité, à l’harmonisation, à la reconnaissance scientifique et à la solidarité académique africaine. L’Université de Kara entend prendre toute sa place dans cette dynamique, avec humilité, détermination et ambition, au service d’un Enseignement supérieur africain plus compétitif et plus utile à nos sociétés.