La rédaction du Lundi CAMES a le plaisir de vous présenter dans cette édition, l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC), à travers une interview de son Recteur, Dr Alpha Kabinet KEITA, Maître de Recherche.

Nous vous en souhaitons une bonne lecture.

Dr (MR) Alpha Kabinet KEITA
Maître de Recherche du CAMES en Microbiologie – Epidémiolologie
Recteur de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC).
Merci de vous présenter à nos lecteurs
Je suis Alpha Kabinet KEITA, Chercheur, Médecin microbiologiste et infectiologue. Mes travaux de Recherche portent principalement sur les maladies infectieuses émergentes et la relation entre la santé animale et humaine selon l’approche « One Health ». Depuis février 2022, j’ai l’honneur et le privilège de servir comme Recteur de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Je suis également co-fondateur du Centre de Recherche et de Formation en Infectiologie de Guinée (CERFIG). En 2025, avec le Professeur Abdoulaye TOURÉ, nous avons été distingués par le prestigieux Prix Christophe Mérieux pour nos travaux sur les zoonoses émergentes et la prévention des maladies infectieuses.
Pouvez-vous nous présenter votre Université et ses filières ?
L’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, connue sous le sigle UGANC, est un Établissement créé en 1962. Elle est la première Institution d’Enseignement supérieur de la République de Guinée. Établissement public à caractère scientifique, elle est placée sous la tutelle du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.
L’UGANC est aujourd’hui structurée autour de deux Facultés, de trois Instituts et d’un Centre informatique ayant rang de Faculté, et s’appuie sur deux Écoles Doctorales pour porter sa mission de formation à la Recherche et par la Recherche. Notre offre de formation comprend plus de 70 programmes allant de la Licence au Doctorat. Les filières couvrent un spectre large et interdisciplinaire : les Sciences de la santé, le Génie civil, le Génie électrique, les Télécommunications, l’Informatique, les Mathématiques et les Sciences de la nature… Nous comptons plus de 500 Enseignants-chercheurs permanents et accueillons plusieurs milliers d’étudiants chaque année, dont une proportion croissante de femmes.
Quelles sont les Innovations et particularités de votre Université ?
L’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry se distingue dans le paysage académique guinéen par son positionnement clair comme Université scientifique et technologique au service du développement. Historiquement orientée vers la formation d’ingénieurs et de cadres techniques, elle répond directement aux besoins stratégiques du pays, notamment dans les secteurs de la santé, des mines, de l’énergie et des infrastructures.
Aujourd’hui, l’UGANC évolue vers un modèle plus intégré, où la formation est étroitement liée à la Recherche, avec une attention particulière aux enjeux nationaux comme la Santé, l’Environnement ou l’Innovation. Cette dynamique s’appuie sur une ouverture croissante à l’international et sur l’adoption d’approches interdisciplinaires telles que le « One Health ».
Sur le plan académique, l’UGANC a récemment obtenu une triple accréditation internationale décernée par le Haut Conseil de l’évaluation de la Recherche et de l’Enseignement supérieur (HCÉRES) de France : une accréditation institutionnelle ainsi que l’accréditation de ses Masters en Microbiologie-Immunologie et en Santé Publique.
En renforçant la professionnalisation des formations, l’UGANC s’affirme comme un acteur clé de la transformation économique et scientifique de la Guinée.
Quels sont les grands défis auxquels vous faites face ?
L’UGANC fait face à plusieurs défis structurels que nous abordons avec détermination. Le premier est celui des ressources : malgré la progression régulière de notre budget, nous devons concilier les ambitions d’un établissement de rang international avec les réalités d’une Institution dont le financement reste majoritairement dépendant des subventions de l’État. Nous travaillons à diversifier nos ressources propres.
Le deuxième défi est celui de la gouvernance des ressources humaines. Nous nous sommes fixés l’objectif de professionnaliser les procédures de recrutement, de renforcer les capacités du personnel, et d’évaluer la performance individuelle pour élaborer de véritables plans de carrière.
Le troisième est celui de l’attractivité et de la rétention des talents : former nos meilleurs étudiants et enseignants en Guinée, en leur offrant des conditions et des opportunités à la hauteur de leurs ambitions, reste un enjeu central.
Si vous deviez faire un bilan de l’année 2025, quelles sont les grandes réalisations ?
L’année 2025 a été une année de reconnaissance et de consolidation pour l’UGANC.
La plus grande fierté est incontestablement la triple accréditation internationale obtenue auprès du HCÉRES, qui place l’UGANC parmi les Universités africaines les mieux évaluées par des instances indépendantes de niveau mondial.
Sur le plan de la reconnaissance scientifique, le Prix Christophe Mérieux 2025, doté de 500 000 euros, a été remis à deux Chercheurs de notre Faculté des Sciences et Techniques de la Santé pour leurs travaux sur les zoonoses émergentes ; une première pour la Guinée et un signal fort envoyé à toute la communauté scientifique africaine.
Enfin, de nouvelles infrastructures universitaires ont été inaugurées en janvier 2026, concrétisant l’engagement des autorités à renforcer la qualité de la formation et à positionner la Guinée comme un pôle régional d’excellence académique.
En termes de perspectives, quels sont les projets et grandes activités en programmation ?
Nos perspectives s’inscrivent dans le Plan Stratégique 2023–2027 que nous avons élaboré après un diagnostic institutionnel approfondi. Plusieurs chantiers prioritaires sont en cours.
Nous travaillons à l’élargissement de notre offre de formation en ligne et à distance, pour démocratiser l’accès à l’Enseignement supérieur de qualité sur l’ensemble du territoire guinéen.
Enfin, nous visons à consolider notre statut de locomotive de l’Enseignement supérieur en Guinée, en renforçant nos liens avec le tissu économique national et en développant une culture de l’entrepreneuriat et de l’Innovation parmi nos étudiants et enseignants.
Un dernier mot pour les lecteurs ?
Je souhaite adresser un message d’espoir et d’encouragement à la jeunesse africaine : une Recherche scientifique de qualité est possible sur notre continent, à condition d’y associer rigueur, assiduité dans le travail et engagement constant dans le suivi des réformes.
L’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, à travers ses missions de formation, de Recherche et de service à la société, offre une illustration concrète en préparant des compétences, en produisant des connaissances utiles et en contribuant activement au développement de nos pays. Chaque accréditation obtenue, chaque prix décerné à nos Chercheurs, chaque étudiant qui soutient sa thèse est une victoire collective. Je remercie chaleureusement la rédaction du Lundi CAMES pour cette belle initiative qui valorise nos Institutions d’Enseignement supérieur et contribue à renforcer le sentiment de fierté et d’appartenance à un espace académique africain commun. Ensemble, nous construisons l’Université africaine de demain.